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Jacques, donneur pas si anonyme

“Jacques, donneur pas si anonyme” est la suite de l’histoire “Héléna, enfant issu d’un don“. Cette histoire fait suite à la problématique de l’anonymat évoquée dans l’un de mes articles. En fait, il serait de plus en plus compliqué pour les donneurs de le conserver. Pour tout vous dire, il est aujourd’hui possible de retrouver des parents grâce à des tests ADN. En effet, ce service est actuellement proposé sur internet, malgré l’interdiction de ces tests en France.

Outre ces tests, des associations organisent des rencontres entre enfants issus d’un don et donneurs.

Je vous laisse maintenant découvrir cette histoire.

N’hésitez pas à commenter, partager, liker.

Au plaisir de vous lire.

Sophie


Jacques, donneur pas si anonyme - le bonheur en éprouvette
Image par Hans-Joachim Müller-le Plat de Pixabay

19h30

Voilà. On y était.

Elle n’allait pas tarder à arriver.

J’étais nerveux, anxieux. Je ne savais pas à quoi elle ressemblait. Je n’avais même pas pensé à demander une photo.

C’était arrivé si vite. En vérité, je m’étais laissé peu de temps pour réfléchir. C’était peut-être une erreur.

Non, c’était mieux comme ça. Je me connaissais. Plus je prenais le temps de réfléchir et plus ma décision tardait. Je retournais dans ma tête toutes les questions, les conséquences, les scénarios possibles et cela rendait ma décision encore plus difficile.

S’il n’y avait eu que moi en jeu, cela aurait eu peu d’incidence.

Mais c’était important pour elle.

C’est ce qu’elle lui avait expliqué au téléphone, lors de leur seule et unique conversation.

J’étais tellement troublé que j’arrivais à peine à me rappeler comment tout cela avait débuté. Mon fils Max. Oui, c’est ça. Une discussion lorsqu’il était venu nous voir, sa mère et moi, comme chaque dimanche midi.

C’était un rituel.

Actualités - Le bonheur en éprouvette

Chaque dimanche, il venait invariablement déjeuner chez nous, depuis la fin de ses études. Maintenant, sa femme l’accompagnait. Une jeune femme adorable.

Ce jour-là, nous avions fini de déjeuner et nous apprêtions à prendre le café devant la télévision. C’était l’occasion chaque fois de regarder l’actualité et de nous lancer dans des discussions interminables.

Cette fois-ci, les manifs pour tous. Elles étaient de retour avec le projet de loi visant à permettre aux femmes célibataires et/ou lesbiennes de pouvoir accéder à la PMA en France. Certaines associations en avaient profité pour demander également le droit aux enfants issus d’un don de lever l’anonymat du donneur.

S’en était suivi une discussion entre nous sur le sujet.

Etait-ce une bonne idée d’étendre le droit d’accès à la PMA en France ? J’étais moi-même partagé. Je comprenais que ces femmes ressentent ce désir d’enfant. Elles n’étaient pas les seules. Contrairement aux idées reçues, certains hommes peuvent également ressentir ce manque, ce besoin de construire une famille. L’engagement ne fait pas peur à tous les hommes. Pour autant, jusqu’où sommes-nous prêts à aller ?

Ma belle-fille, Angèle, m’avait alors demandé de quoi j’avais peur. Un parcours de PMA est particulièrement éprouvant. De ce fait, quand des femmes se lancent dans une telle aventure, on peut donc être certain qu’il ne s’agit pas d’un caprice quelconque, selon elle.

On ne se paie pas une FIV comme on achète un bijou ou une voiture.

Cet enfant est tellement désiré, tant attendu, qu’il sera forcément couvert d’amour.

Pour autant, l’absence de père pour l’enfant n’était-il pas un problème pour son développement ? Je lui répliquais que cette question ne me semblait pas ridicule, loin de là.

Angèle m’expliqua que plusieurs études avaient démontré qu’il n’y avait pas d’impact sur le développement de l’enfant. Dans certains pays plus avancés sur le sujet, nous avions suffisamment de recul et d’expérience pour statuer sur le sujet. Alors pourquoi revenir dessus ?

Mon fils ajouta que le problème d’identité n’était généralement pas lié à l’absence de figure paternelle puisqu’un ami, un grand-père ou un oncle pouvait tout à fait remplir ce rôle. Non, selon lui, s’il y avait un point qui pouvait perturber certains de ces enfants, c’était davantage l’absence d’informations sur le donneur.

Le droit de connaître ses origines.

Ce point lui semblait important. Certes, on ne pouvait pas revenir sur le passé. Mais on pouvait certainement changer les choses pour les enfants à venir, non ?

Je lui expliquais que l’anonymat protégeait les donneurs.

« De quoi exactement ? » me demanda alors mon fils. Les enfants issus de dons ne peuvent prétendre à aucun droit envers le donneur. Ni pension, ni héritage…  

« Cela peut être gênant pour le donneur. »

« Gênant ? »

« Oui. Si cela se sait. Ce n’est pas forcément quelque chose que l’on évoque facilement. Les gens parlent. »

« Alors toi, par exemple, tu n’en aurais pas parlé ? Mais pourquoi ? Il n’y a rien de honteux. »

J’étais de plus en plus gêné : « Parce que… ». Puis je me lançais « Parce que c’est gênant d’en parler ! Non, il n’y a rien de honteux mais à l’époque où je l’ai fait… »

Jacques, donneur pas si anonyme - don spermatozoides - Le bonheur en éprouvette
Image par Karin Henseler de Pixabay

« Tu l’as fait ? »  

Ma femme manqua s’étouffer avec son café.

« Quoi ? Mais tu ne m’en as jamais parlé ! » s’exclama-t’elle.

« C’était avant de te connaître, ma chérie. Je l’ai fait uniquement pour aider. »

« Pour aider ?  »

« Tu connais Elisabeth et Rémy, des amis de longue date. Sache qu’ils ont eu des difficultés à avoir un enfant. J’ai été témoin de leurs espoirs, de leur douleur aussi. Quand ils ont finalement réussi à être parents, ils nous ont expliqué que c’était grâce un don. Ils étaient vraiment reconnaissants vis-à-vis de ces donneurs. Et ils nous ont dit qu’ils ne voulaient pas de cadeau de naissance. Par contre, si on pouvait euh… Enfin, tu comprends. Pour que d’autres couples puissent avoir cette chance… Alors tous ses copains l’ont fait, y compris moi. Et depuis, j’avais complètement oublié. Cette conversation est vraiment gênante. On peut passer à autre chose ? »

Nous avions rapidement changé de conversation ce jour-là, pressés de mettre fin au malaise général.

Et je pensais d’ailleurs en avoir fini avec le sujet.

A mon grand soulagement.

Erreur !

Ma femme m’en avait voulu pendant quelques semaines de ne pas lui avoir dit avant.

Quant à mon fils, il était revenu régulièrement à la charge. « Tu es sûr que tu ne veux pas faire de test ADN ? En quoi cela t’engage ? Les enfants issus de dons méritent de connaître leurs origines ?… »

Comme je ne cédais pas, il avait fini par me dire qu’il ferait lui-même ce test ADN pour savoir s’il avait des demi-frères ou sœurs dans le monde. Et cela, que je sois d’accord ou pas.

Jacques, donneur pas si anonyme - enfants issus de dons - Le bonheur en éprouvette
Image par Gerd Altmann de Pixabay

Je l’ai alors prévenu que je n’entrerais en contact avec aucun de ces enfants.

Plusieurs semaines passèrent avant qu’il aborde de nouveau le sujet. « Tu sais, j’en ai retrouvé un. Ou plutôt une. »

« Une quoi ? »

« Une fille issue de ton don. Tu veux en savoir plus ? »

« Non » lui répondis-je.

Mais mon fils est particulièrement têtu. En effet, je crois qu’il n’a jamais compris le concept d’un « non ». C’est pourtant la base du langage. Et ce n’est certainement pas aujourd’hui que ça allait changer.

Ainsi, chaque fois qu’il venait à la maison, il distillait quelques informations. Suffisamment pour attiser ma curiosité.

A la fin, comprenant qu’il ne lâcherait rien, je lui demandais de me communiquer les infos.

Il me donna tous les renseignements et m’apprit qu’il l’avait déjà rencontrée. Apparemment, il s’entendait particulièrement bien avec elle. Il avait prévu de la rencontrer à nouveau avec Angèle. Je pouvais venir si je voulais.

« Non merci. »

La lettre

La lettre - Le bonheur en éprouvette
Image par Pezibear de Pixabay

Un jour, il me donna une lettre. « C’est elle qui l’a écrite. Elle est pour toi. Après cela, je ne t’ennuierai plus. Je lui communiquerai ton numéro uniquement si tu es d’accord. Quelle que soit ta décision, je la respecterai. Je te demande juste de lire cette lettre avant de te décider une fois pour toutes. »

J’ai longtemps hésité avant d’ouvrir la lettre. Puis, un jour, je pris mon courage à deux mains. Mon cœur battait la chamade. Je n’arrivais pas à lire. Les mots dansaient devant mes yeux. Une grande respiration, puis je repris ma lecture.

Une jeune vie résumée en quelques pages. Heureuse avec des parents aimants. Mais un besoin de savoir, de connaître ses origines qui avait grandi en elle. Jusqu’à prendre une place de plus en plus importante dans ses pensées, dans sa vie. Elle ne cherchait pas un père, elle en avait déjà un. Mais juste des réponses à ses questions. Accepterait-il au moins de lui parler, même par téléphone ?

J’étais ému. Plus que je ne l’aurais pensé. Je ne savais que faire. Je voulus en parler à ma femme mais elle refusa d’en discuter. Elle me dit qu’elle n’était pas encore prête. Je crois qu’elle n’était pas plus à l’aise que moi sur la place que j’étais censé donner à cette jeune femme dans ma vie.

La décision m’appartenait.

Seulement, je n’avais jamais été préparé à cela. Le lendemain, après une nuit blanche à retourner dans ma tête toutes les questions et scénarios possibles, je me décidais enfin.

Je prévins mon fils que j’acceptais d’être contacté.

Quelques semaines passèrent encore avant qu’elle ne m’appelle un soir.

Je ne compris pas tout de suite qui j’avais au bout du fil.

Héléna. L’enfant issu de mon don.

L’appel

Appel téléphonique - Le bonheur en éprouvette
Image par Pexels de Pixabay

Je la sentais gênée. Il avait dû lui falloir beaucoup de courage pour me contacter.

Sa voix était douce, presque timide. Elle s’exprimait bien. Elle me rappela à plusieurs reprises qu’elle ne cherchait pas un père. Je ne sais pas qui des deux elle essayait de rassurer le plus.

Nous avions parlé environ vingt minutes quand je lui proposais de la rencontrer.

Il me semblait plus facile, lui expliquais-je, de lui parler de ses origines à partir de photos de famille. Ma proposition me surprit au moins autant qu’elle. Elle accepta.

Le rendez-vous était fixé.

Et me voici aujourd’hui, assis dans un restaurant à attendre cette enfant issue de mon don.

Une femme entra dans le restaurant.

Etait-ce elle ?

C’était possible. Elle aurait pu être sa fille. L’âge semblait correspondre. Pour le reste, difficile à dire. Il était toujours surpris que des personnes puissent voir des ressemblances entre des parents et leur enfant dès la naissance de celui-ci. Quand ses propre fils étaient nés, il n’aurait même pas su le dire lui-même. Il les trouvait juste beaux car c’était les siens.

La femme rejoignit une amie.

19h40

Avait-elle changé d’avis ?

Il chercha son téléphone pour voir si elle lui avait envoyé un message.

Non. Aucun message.

Peut-être s’était-elle perdue ou avait-elle simplement des difficultés à se garer ?

Il reposa son téléphone et s’essuya les mains sur son pantalon. Ses mains étaient froides et moites, signe d’une nervosité grandissante. Il ne savait dire s’il était déçu ou rassuré.

Avait-il vraiment envie de savoir finalement ? C’était peut-être mieux comme ça. Pour se donner une contenance, il nettoya ses lunettes.

« Jacques ? »

Il leva les yeux.

Une petite brune se tenait devant lui.

Il mit quelques secondes à comprendre.

« Héléna ? »

Elle hocha la tête. Elle semblait aussi nerveuse que lui.

Il se leva pour l’accueillir et se sentit complètement dépourvu.

Devait-il lui serrer la main ? Dans le doute, il préféra lui présenter la chaise en face de lui.

« J’espère que vous ne m’en voudrez pas. J’ai déjà commandé un verre en vous attendant. J’étais en avance et… ». Il ne finit pas sa phrase. « Vous avez trouvé facilement ? »

« Oui mais je dois vous avouer que j’ai longuement hésité avant de rentrer. Je suis passée et repassée devant le restaurant avant de me décider. C’est stupide, non ? Avoir attendu aussi longtemps et prendre le risque de repartir sans savoir. » lui dit-elle.

« Non. Rassurez-vous. J’ai eu les mêmes doutes. Vous voulez boire quelque chose ? ». Il fit signe à un serveur.

Elle commanda une bière.

Comme lui.

Mais peut-être était-ce une boisson communément consommée par les jeunes. Il se rendit compte qu’il la dévisageait. Il s’en excusa.

« Vous savez, je ne m’attendais pas à rencontrer un jour le fruit…euh… Désolé. Ce n’est pas ce que je voulais dire. Excusez ma maladresse. »

« Je comprends. On vous avait assuré que le don était anonyme et je suis là devant vous aujourd’hui. »

« Pour être tout à fait honnête, je savais que cela pouvait arriver. Je connais mon fils. Dès que je lui ai avoué avoir été donneur, j’ai en quelque sorte mis la machine en route. Dans un premier temps, je l’avoue, j’ai espéré qu’il ne trouverait aucun enfant. »

« Je suis désolée. »

« Ne le soyez pas. Il ne m’a pas forcé la main. Il est têtu mais je le suis également. J’avoue avoir hésité car je ne savais pas quoi faire de cette information. Je n’étais pas préparé. Après tant d’années… »

« Ne vous inquiétez pas. Comme je l’ai indiqué par téléphone, je ne cherche pas un père. J’en ai déjà un qui est formidable. Je voulais juste connaître mes origines, savoir de qui je tiens mes traits, certains de mes goûts ou une partie de ma personnalité. »

« J’ai amené quelques albums. Vous savez, cela m’a donné envie de réaliser mon arbre généalogique avec mon fils. Mais c’est une autre histoire. Il faudra du temps. Pour ce qui est des goûts ou des traits de caractères, je crois que vous avez déjà trouvé des points communs, Max et vous ? »

« Oui, c’est vrai. Quand il sera fini, je serai vraiment intéressée par cet arbre généalogique. » me dit-elle en souriant.

Je lui souris en retour.

« Pourquoi pas ? ».

Jacques, donneur pas si anonyme - arbre généalogique / family tree - Le bonheur en éprouvette
Image par Patrisia Novianti de Pixabay

J’espère que l’histoire “Jacques, donneur pas si anonyme” vous aura plus. C’est bien entendu une fiction. Peut-être cela vous aura donné envie de retrouver des témoignages réels

Alors rendez-vous sur le site ou le groupe Facebook de PMAnonyme. Youtube en propose également.

Et comme à l’habitude, n’hésitez pas à commenter ci-dessous, partager, liker.

A bientôt.

Sophie

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